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AIGLE

Soumis par Je Produis Français le 21. Août 2014 - 18:47
Aigle fabrique l'ensemble de ses bottes en France

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Aigle met un point d'honneur à conserver son savoir-faire dans l'Hexagone. La marque fabrique 800.000 paires de bottes chaque année. Excepté le latex et la semelle, tout est français. Et ça marche très bien !

Je Produis Français : Qui êtes-vous?
​Romain Guinier (PDG de la marque) : Aigle, c'est une entreprise emblématique du patrimoine français. C'est une marque qui est née en 1853. L'entreprise a démarré avec l'invention de la botte en caoutchouc. Elle a marqué le développement de l'entreprise pendant plus d'une centaine d'années. La palette d'activité de la marque s'est renforcée il y a une bonne trentaine d'années avec le lancement des premières collections de vêtements et de chaussures. Aujourd'hui, la botte reste un produit essentiel même s'il ne représente plus qu'un gros 1/4de l'activité que l'on fait. Nous sommes une entreprise qui représente un peu plus de 1100 personnes dans le monde, qui opère sur une soixantaine de pays et qui développe un peu plus de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires. C'est une entreprise foncièrement française puisque nous avons un siège qui est à Boulogne, mais le gros des équipes (en dehors de nos magasins) se trouvent à Châtellerault (86). C'est là que nous avons déplacé l'atelier de fabrication en 1967 et où nous employons encore aujourd'hui plus de 400 personnes dont une bonne moitié travaille à la fabrication totalement artisanale et manuelle des bottes en caoutchouc. Au final : on emploie plus de 200 artisans (270 sur les périodes de fortes activités) qui sont des maîtres caoutchoutiers. Ils travaillent à la main sur toutes les étapes de fabrication pour fabriquer environ 800.000 paires à l'année qui partent aux 4 coins du monde. Le made in France, c'est quelque chose auquel on tient et qu'on a voulu préserver sur la botte en caoutchouc. ça n'a jamais été un des critères d'allocation sur les autres familles.

JPF : Votre Process de Fabrication
R.G : C'est un process qui est juste assez passionnant. D'abord, ça vient d'un brevet assez exclusif qui avait été préempté par le fondateur de l'entreprise M. Hiram Hutchinson en 1853. Tout part d'une matière première, majoritairement le caoutchouc naturel, pour le mettre en forme de différentes façons et ensuite le figer dans sa configuration souhaitée à travers la vulcanisation. La vulcanisation, ça va être une étape quasiment finale dans le montage où la botte va passer dans un four à hautes températures, qui va faire réagir à la cuisson les différents éléments du caoutchouc naturel et de ce qu'on y rajoute. Le caoutchouc naturel, ça peut représenter jusqu'à 80% de ce que contient une botte. Cette vulcanisation, lors de la cuisson, va figer la botte dans la forme définitive que l'on souhaite lui donner. C'est une forme à la fois imperméable, mais qui va garder de la souplesse. Si on revient sur le processus de fabrication, ça part bien sûr de la matière première qui est le latex. On va le chercher en Malaisie où on trouve des hévéas de très bonne qualité. Nous allons faire rentrer chaque jour dans nos ateliers à Châtellerault, un certain nombre de tonnes de matière première. Tout va commencer avec cette étape de mélangeage de la matière première, le caoutchouc naturel avec un petit peu de caoutchouc synthétique, des colorants et des composants qui vont réagir ensuite à la cuisson. Quand vous regardez cette étape de mélangeage, c'est assez spectaculaire. C'est assez odorifère. ça fait du bruit, il ya des bulles qui claquent ! Une fois qu'on a le mélange lisse dans la configuration qu'on va souhaiter, on va avoir près d'une soixantaine d'étapes qui vont mener à la botte finale. La plupart de ces étapes restant manuelle et artisanale, donc dépendant du beau geste de nos artisans pour aller découper les différentes parties de la botte puis les assembler sur une forme. Quand vous regardez une botte finale qui est montée, vous n'imaginez pas qu'il y a jusqu'à 25 pièces différentes qui ont été assemblées. Au final, comme je l'évoquais, il y a quelques fois plus d'une quinzaine d'artisans différents qui auront mis leur pâte à cette botte. C'est un processus, à la fois dans le savoir-faire et dans les étapes, qui est typiquement français. Nous sommes d'ailleurs la seule marque à l'avoir gardé en France. Cela fait partie du savoir-faire historique de la marque. C'est la façon pour nous de conserver notre savoir-faire unique en terme de mélangeage, d'assemblage etc. A Châtellerault, ce n'est pas uniquement de la fabrication; ce sont des laboratoires, des bureaux d'étude, un atelier nouveau que nous avons développé pour la formation de nos équipes... C'est l'ensemble de ce dispositif qui fait qu'à la fin, on offre une botte très haut de gamme en terme de qualité rendue et qui fait qu'on peut exporter ça avec un avantage compétitif extrêmement fort par rapport aux autres acteurs du marché.

JPF : Le made in France connaît un réel succès à l'étranger. Vous confirmez?
R.G : Nos 3 marchés prioritaires : ça reste bien sûr la France (notre marché historique), l'Europe du Nord et de plus en plus l'Asie où se trouve désormais les 3/4 des boutiques de la marque. Aujourd'hui, nous avons prêt de 400 magasins dans le monde. Plus de 300 sont en Asie. Chaque fois qu'on ouvre un magasin en Asie, ce qu'on a au cœur du concept boutique, c'est ce "bar à bottes" dans lequel on va présenter une palette assez large de ce que nous savons faire comme maître caoutchoutier en France depuis 1853. Quand je vous parle de l'Asie, ça va être historiquement le Japon où nous avons démarré il y a un peu plus d'une vingtaine d'années. Tout l'axe grande Chine depuis une dizaine d'années. On a commencé à Hong-Kong où nous avons aujourd'hui une présence très forte et avec une identité mode haute gamme française, extrêmement puissante autour de la botte en caoutchouc. La Chine où nous avons démarré il y a 6 ou 7 ans et où nous avons passé le cap cette année des 100 points de vente. C'est aussi la Corée du Sud qui est un pays qui se développe très fort ou encore Taïwan. L'identité de cette marque très française, avec ce qu'elle apporte en terme de savoir-protéger, est entrain de monter en puissance. 

JPF

Interview réalisée le 23/07/14